De la côte chalonnaise en plaine de Saône, le Grand Chalon a été et demeure une terre de vignobles. Rencontre avec les vignerons d’aujourd’hui, gardiens du terroir et ambassadeurs du territoire.

Vignerons de la Côte chalonnaise : d’experts à ambassadeurs

La Côte Chalonnaise étire ses vignes sur 13 communes du Grand Chalon et bien au-delà sur 25 km de long et 7 km de large. Depuis 1000 ans, les vignerons du cru exploitent ces 4400 hectares et produisent des vins d’exceptions. Mais, qui sont les vignerons d’aujourd’hui ? Comment fonctionnent leurs exploitations ? Qu’apporte la viticulture au territoire ? Les vignerons du XXIé siècle sont-ils des acteurs de l’économie locale ?

vignes de fragnesPartir à la rencontre des vignerons de la Côte chalonnaise, c’est un peu partir à la découverte d’un nouveau monde. On ne comprend pas toujours ce qu’ils racontent. Ils expliquent avec passion leur quotidien, le « pourquoi du comment », leurs décisions, leur stratégie… Ils transmettent avec plaisir leur savoir et nous font regarder la vigne et le vin autrement. D’explications en rencontres, de grands domaines en petites exploitations, ce qui est pour beaucoup une nébuleuse devient un peu plus claire… Mais, le chemin est long pour connaitre toutes les facettes de ce métier aux multiples casquettes.

Vigneron certifié !

Il y a d’abord la partie technique. Le travail d’un vigneron ne se résume pas aux vendanges et à la mise en bouteilles. Dans la parcelle, chaque pied de vigne est observé, jugé, soigné tout au long de l’année. Pas de place pour l’improvisation. Ce n’est pas de la culture « au doigt mouillé ». La précision est de rigueur dans le geste, dans le temps et avec le temps. Dans leur terre, les vignerons étudient, prévoient, programment. Dans des laboratoires, avec des œnologues ou des spécialistes de sols, ils analysent, mesurent, testent. Certains se forment ou se spécialisent… Et parfois, la nature passe par là. Nos vignerons ne sont ni devin, ni divin. Le gel, la maladie, la sécheresse, l’Esca, le fléau du moment : il faut faire avec, sauver la vigne et la récolte.

Chef d’entreprise viticole

Evidemment ! Du bon état de la vigne dépend la qualité du vin… Et, pour nos vignerons – chef d’entreprise, il est plus facile de vendre un bon vin. #logique mais pas si simple. La concurrence est rude dans les appellations. Pour ces amoureux de la terre ou ces vignerons de père en fils, vendre son vin est la finalité de l’affaire mais ce n’est pas une vocation. Pourtant, il faut faire sa place. Les exploitations familiales entretiennent une clientèle acquise de génération en génération et vont de coopératives en grandes surfaces, de salons en foire aux vins, de bouches à oreilles pour étoffer leur carnet d’adresse.

Acteur de l’économie locale

Quel que soit l’appellation et la taille du vignoble, tous gèrent de front la viticulture et « font marcher le commerce ». Car ces vignerons ne s’en rendent pas forcément compte, mais ils font partis des acteurs économiques qui comptent pour le territoire.  Tonneliers, fabricants de bouteilles, de bouchons, d’étiquettes, de machines agricoles, de produits viticoles, vendeurs de machines, mécaniciens, laborantins, œnologues… Autant de métiers et d’emplois locaux qui placent la viticulture comme l’un des principaux employeurs de main d’œuvre du secteur agricole en Saône-et-Loire.

Ambassadeur du territoire

Dernière casquette et pas la moindre, les vignerons du Grand Chalon et alentours sont tous « ambassadeurs du territoire ». Qu’ils soient Appellation d’Origine Contrôlé comme les Rully, Mercurey, Givry, Montagny et Bouzeron et estampillés Bourgogne Côte Chalonnaise, leurs millésimes traversent la France, la Manche, l’Atlantique et font le tour du globe pour servir les papilles des amateurs de vin du monde entier. A travers leur vin, les vignerons représentent le territoire et diffusent leur passion du vin bien au-delà des 37 communes du Grand Chalon. #fierté !

 


 

Les irréductibles vignerons du Grand Chalon

Nous sommes en 2016. Dans le Grand Chalon, tout le vin produit est issus des communes la Côte chalonnaise. Tout ? Non ! Des irréductibles passionnés résistent et consomment le vin issus de leur vignoble à Fragnes – La Loyère et Allerey-sur-Saône… Partons à leur rencontre.

Le vin Loiseau de Fragnes

« Pierre Loiseau, 92 ans, vigneron depuis l’âge de 7 ans et propriétaire de 15 ares de vignes ! ». Cette année, le patriarche de ses irréductibles vignerons de Fragnes – LaLoyère n’est pas très content. Le gel a réduit sa production à néant. « On avait tout bien taillé et puis… le gel. On a baissé les bras ! » avoue Bernard, le fils de Pierre.

Bernard Loiseau

Bernard Loiseau

Pourtant, chaque année, la famille Loiseau récolte de quoi faire 1 ou 2 pièces de vins. Dans les parcelles, 6 ou 7 vieux cépages : « Pinot, Gamay, même du Foch et du Noah ! Mon grand-père avait aussi planté de l’Oberlin.  Les pieds ont plus de 100 ans aujourd’hui ! » lance fièrement Pierre Loiseau.

Ces quelques ares de vignes que la famille entretient de génération en génération témoignent d’un temps où les Fragnois récoltaient le raisin sur les coteaux du canal et où Condemène était un hameau recouvert de vignes… « Y’en avait même qui vendait leur raisin pour faire du champagne ! » raconte Pierre.  Comme dans d’autres communes alentours, la vigne faisait partie du quotidien des familles.

Aujourd’hui, seule la famille Loiseau perpétue cette tradition à Fragnes et, elle devrait perdurer quelques années encore car Bernard nous l’a promis : « L’année prochaine : on fera mieux. »

Il était une fois, le vin d’Allerey-sur-Saône

Allerey-sur-Saône. Plaine de Saône. Pas une vigne à l’horizon. Et pourtant… Les caves de la mairie abritent de bonnes bouteilles de Beaune 1er cru et le CCAS vend près de 700 bouteilles de ce vin par an. Sur l’étiquette « Grands vins du Bureau de Bienfaisance d’Allerey ». Alors çà !

Un peu d’histoire

Pour percer le mystère, il faut remonter quelques siècles en arrière, alors que la Saône était la voie royale pour le transport de marchandises. Allerey-sur-Saône était alors l’un des plus important port de la région. Au lieudit Chauvort se croisaient de nobles beaunois, les Leblancs et de riches marchands, les Lebault. Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants : trois maires à Beaune, des ecclésiastiques dont trois curés d’Allerey, un peintre du roi Louis XIV, des avocats, des procureurs, des marchands et, dernier descendant de cette longue lignée : Pierre Frédéric Leblanc. A sa mort en 1868, il lègue tous ses biens au « Bureau des pauvres » de la commune dont un domaine de cinq hectares de Beaune 1er cru.

« Le secours pour l’Indigent, et l’Ecole pour l’Enfant » depuis 150 ans

Depuis cette date, le CCAS de la Mairie d’Allerey-sur-Saône confie ces vignes à un métayer qui les exploite en échange d’une partie de la récolte. Il s’agit aujourd’hui du domaine Maxime Champaud et Philippe Germain de Nantoux. (> lien vers : http://www.philippegermain.com/) De son côté, la commune continue chaque année de vendre son vin à l’accueil de la Mairie et ce qu’il reste à des négociants. Selon les volontés de Pierre Frédéric Leblanc, « Le secours pour l’Indigent, et l’Ecole pour l’Enfant », le bénéfice net de ces ventes sert à financer les projets de l’école et du CCAS de la commune. En cours : la rénovation de deux logements à loyer modéré sur la commune. Une bien belle histoire qui marque le village depuis près de 150 ans et qui semble-t-il, n’est pas prêt de s’arrêter.

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