Le Grand Chalon rénove l’Espace des arts tout en conservant l’âme du lieu, son histoire et ce qu’il représente pour les habitants. Cette philosophie passe aussi par la préservation des éléments décoratifs du bâtiment. Voici l’histoire de « Sur Pivot III », l’œuvre en travertin rouge de Perse réalisée par Morice Lipsi en 1971 pour la Maison de le Culture.

Opération délicate sur le chantier de rénovation de l’Espace des arts. Sous le grand escalier de verre du hall, les ouvriers de l’entreprise Eiffage Construction déplacent « Sur Pivot III », l’œuvre rotative de Morice Lipsi. Réalisée en 1971 dans le cadre du 1% artistique de la Maison de la Culture, cette œuvre n’a jamais été déplacée. Et pour cause : « Sur Pivot III » était montée sur un dispositif mécanique qui la faisait tourner lentement. « Ce motif (…) serait constitué par un important volume de pierre sculptée pivotant sur un socle en tronc de pyramide afin qu’il puisse, d’un même point, être vu sur tous ses côtés. (…) » expliquait l’architecte de la Maison de la Culture, Daniel Petit dans le document réalisé pour le 1% artistique de la Maison de la Culture.

Pierre qui tourne…

A l’époque, pour installer cette œuvre, l’architecte et le sculpteur ont dû rivaliser d’inventivité. D’après les archives de Morice Lipsi retrouvé par l’architecte historien de Richard Klein, c’est Daniel Petit qui a « trouvé la solution qui consistera à placer le moteur en dessous du bassin et à la verticale de la sculpture ». Ils avaient pensé opter pour une rotation manuelle de l’œuvre mais « l’ingénieur de la maison spécialisé des roulements à billes » a jugé l’opération trop dangereuse. « D’une part, (…) une fois mise en mouvement à la main, elle risque d’atteindre une vitesse telle, sans pouvoir l’arrêter que cela pourra entraîner des conséquences graves. D’autre part, vue l’accessibilité facile du public, des jeunes, voire de toutes sortes, n’im­porte qui peut être tenté de lancer la pierre en rotation. Le danger est par conséquent évident… (et public !). La solution de roulement commandé par la mécanique, à la vitesse très lente et qui permet de l’arrêter au moment voulu, envisagé dès le début par vous-même, reste la seule plausible (sans danger, sans risque)» argumente Morice Lipsi  dans une lettre du sculpteur à l’architecte, datée du 23 septembre 1971.

Un nouvel emplacement gravé dans la pierre

En 2017, sur les conseils avertis de la Conservation régionale des monuments historiques, il aura fallu près de six heures aux méticuleux ouvriers du chantier pour déposer la pièce de 2 tonnes à l’abri des travaux en court. Dans quelques mois, « Sur Pivot III » trouvera sa place au rez-de-chaussée de l’Espace des arts rénové et continuera d’accueillir spectateurs et curieux. Une nouvelle page s’écrit dans l’histoire de cette œuvre d’art, comme dans l’histoire de ce bâtiment emblématique de la culture chalonnaise.

 

« Sur Pivot III », Morice Lipsi (1898 – 1986)Morice Lipsi est né en Pologne. Il s’installe à Paris en 1912 à la Ruche, sorte de village cosmopilite habité par Chagall, Modigliani, Apollimaire et d’autres… En 1922, il fait une exposition personnelle à la galerie Hebrard à Paris. A partir de 1960, il reçoit beaucoup de commandes publiques pour des sculptures monumentales pour la France, le Japon, Israël…« Sur Pivot III »  est une œuvre rotative en travertin rouge de Perse mesure 1,60 mètre de haut et 1,40 mètre de diamètre et pèse 2 tonnes. Elle a été spécialement conçue pour la Maison de la Culture en 1971. Morice Lipsi a réalisé une série de sculptures autour du sujet « sur Pivot ». « Sur Pivot III » est la seule qui fut motorisée.

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